/ En ce moment /
les_flotteuses
Julie Knaebel
date de résidence 22/01/2020 - 22/03/2020
http://julieknaebel.info/

Pendant deux mois, le contenu va s'étoffer, s'organiser, se désorganiser, muter.

Vous êtes invités à visiter cette page évolutive.

Chaque paragraphe est précédé d'une oblique, fractionnant le texte, proposant des réorganisations possibles, des chemins de lectures alternatifs, incarnant un épinglage en construction.

Ces fragments sont amenés à devenir mobile, pour plus tard sous une autre forme, quitter le défilement linéaire de la page.

 

* Les derniers fragments datant de moins de 15 jours sont signalés par cet astérisque.

 


/

 

Elle était là, assise devant moi, à la table du bistrot, sur la terrasse ombragée, elle était là sans être là. Ses réponses laconiques, des bribes de vocabulaire, des demi-mots qui restaient coincés quelque part entre la bouche et l’œsophage et ressortaient par des bruits éteints. Tout cela épuisait notre conversation. Elle avait l’air absente. Elle grattait sous ses ongles, mutique, lunaire, plutôt en elle. Elle grattait sous ses ongles légèrement trop long. Et j’observais les striures étranges à la surface de chacun d’eux, l’ongle glisser sous l’autre, enlever une crasse invisible, la tache blanche sur l’un d’eux. Elle s’absorbait dans ce geste, le répétait pour chaque extrémité de ses doigts. Elle portait toute son attention, toute sa présence dans cette action délicate. Jusqu’à m’oublier.

 

 

/

 

 

 

 

/

 

La musique crépite, grésille, ça la rend chaude. C’est pourtant nostalgique. Ça parle de mémoire. Et là quelques gouttes perlent et s’arrachent de mes yeux fatigués. Il naît une horrible ride au coin de mon œil droit. C’est comme si les choses se répétaient sans cesse. Les balbutiement incertains, l’équilibre sensible, cassant, cela s’effrite en une multitude de fragments charbonneux, graphites. Les structures s’effondrent à l’intérieur, leur aspect reste immuable, mais au fond, derrière les murs, tout se disloque, se broie, les étages s’écroulent, les portes tombent, se fracassent lentement comme au ralenti. J’ai peur. Je ne sens plus rien qu’un gouffre aride, venteux, battu par ce courant d’air froid et salé. Je m’allonge et sens le bitume humide sous mes paumes posées à plat contre le sol. Il fait nuit, et il pleut, tout est luisant. Tout crépite. Je ferme les yeux et oublie les fracas indécis, les violences intangibles. Je m’oublie.

 

 

/

 

WANDAWANDA

 

 

 

/

 

Il y a comme une crasse imprégnée dans les nervures de mon esprit. Je pleure sans trop comprendre. Et je me sens sale et lourde. J’avance, invisible. Je n’aime pas le mot connivence. Je ne sais pas pourquoi. Je me disais que j’aimerai bien pouvoir plonger dans un livre, m’insinuer entre les pores du papier, pénétrer les mots. Me dissoudre dans une fiction. Hanter les pages. Peut-être. Il y a toujours ce doute, cette incertitude et cet inconfort nécessaire.

 

 

/

 

Puis j’ai comme envie de me laisser aller. Me laisser balader par les hasards immuables. Les connexions se font doucement. Il y avait cette projection d’un film de Barbara Loden. Et là un peu par hasard, par souvenir, celui d’un livre, cité il y a un an, comme un battement de cil, par Anne. Je l’avais oublié, et je suis tombée dessus. C’était à la bibliothèque, celle qui a pris place dans une ancienne manufacture de tabac où travaillaient les ouvrières, il reste des photos en noir et blanc de ces femmes avec leurs tabliers gris, et leurs fichus sur les cheveux. Entre les rayons, j’ai retrouvé ce titre familier, j’ai pris le livre, et l’ai feuilleté, il commence par parler de Wanda. Le personnage de Barbara Loden, et le titre de son film. Je ne sais pas. Juste qu’il est projeté au cinéma en ce moment. Cela veut dire qu’il faut y aller. Se laisser imprégner par les signes. Ils avaient disparu et reviennent là, maintenant. Ils n’avaient plus d’existence, je ne parviens pas à comprendre pourquoi. Les échecs trop nombreux, peut-être. Je ne sais plus quoi faire. Je ne sais même plus penser. Cela fait comme des tressauts, des bonds incompréhensibles. C’est impossible d’écrire comme ça. Écriture auto-flegmatique. Je ne sais pas. C’est tout ce que je peux répéter. Peut-être est-ce une déconnexion du monde, une fatigue trop forte. Juste faire des choses semble difficile. Juste être.

 

 

/

 

Je ne sais pas. Je ne sais plus.

 

 

/

 

S’abandonner, ne rien préméditer, ne rien vouloir, ne rien distinguer ni défaire, ne pas regarder fixement, plutôt déplacer, esquiver, rendre flou et considérer en ralentissant la seule matière qui se présente comme elle se présente, dans son désordre et même dans son ordre.
Nathalie Léger, L’Exposition, P.O.L, 2008, p.9

 

 

/

 

J’essayais de lire mais c’était cette tâche à côté qui m’absorbait, j’étais happée en elle, à peine mes yeux revenaient-ils sur les lignes phrasés, qu’ils se voyaient distraits. J’ai eu le temps entre ce voyage de la lettre à la tache d’imaginer les milles possibilités de sa naissance. Était-ce une tache imprimée? Une tache voulue? Provenait-elle de la bibliothécaire, de l’imprimeur ou de moi? Je n’y distinguais pas de sillons digitales. Elle était plus comme une ombre légère, une transparence sur le papier brillant. Un velouté léger et brumeux.

 

 

/

 

J’ai donc emprunté le livre de Nathalie Léger sur Barbara Loden, j’ai vu au cinéma son film Wanda, et plus tard encore, j’ai retrouvé ce livre dans une bouquinerie. Sur la première page il y a une fragile dédicace de la main de l’écrivaine, pour Bertrand un ami, un frère. Et un petit ajout sur la première de couverture qui transforme le nom de la maison d’édition. PO devant P.O.L. Du film, je me rappelle le visage fin, angélique, vaporeux du personnage principal. Je me souviens la scène décrite dans les premières pages du livre, la silhouette claire errant sur les monticules charbonneux, un point blanc dans une immensité noirâtre. Je me rappelle avoir trouvé un fragment de texte qui m’avait touché, décrivant Wanda comme un astronaute, l’avoir griffonné dans mon carnet, puis l’avoir recherché en vain entre les pages de Supplément à la Vie de Barbara Loden, pour découvrir enfin que je l’avais lu ailleurs, dans un article.

 

 

/

La voilà qui traverse le paysage, petit point clair sur la terre charbonneuse, comme une astronaute flottant au-dessus de la cendre lunaire.

https://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/wanda-2/

 

 

/

 

C’est cette idée de flottement qui m’a accrochée, d’un état entre-deux, où le corps s’abandonne, quitte la pesanteur pour trouver à la fois une légèreté et un manque d’emprise, une dérive. L’on avance sans volonté, sans choix, si ce n’est parfois celui d’une impulsion première qui entraine doucement vers un ailleurs. Le corps est sans poids, désentravé de la verticalité, la gravité disparaît, la sensation d’un corps empêché s’estompe. Le corps flotte et s’échappe de la contrainte physique, il devient léger, aérien, il caresse l’absence.

 

 

/

 

   

 

 

/

 

Il revient toujours cette envie incommensurable de ne pas être là, de ne pas faire, ne pas exister, de se désengager, de s’oublier, de s’échapper. Il survient toujours cette sensation de gêne désagréable, de se sentir déplacée, ailleurs, en marge. D’être une insatisfaction permanente, de ressentir une insatisfaction permanente. La gêne nait de fourmillement entre les orteils, et noue le ventre, écrase la poitrine, bloque le respiration. Pour l’instant il n’y a rien d’autre à faire que la subir. Que peut-on faire, pour ne pas être là? Comment disparaître de soi? Comment désengager son corps, son être, disparaître, mais exister encore. Être une ombre, un souffle, une discrétion.

 

 

/

 

Je me cache. Je joue à devenir invisible pour plus tard. Quand viendra le moment d’imiter la vie.   
Pauline Klein, Alice Kahn, Allia, 2010, p.25

 

 

/

 

là où je lis sans but tout se recoupe, je ne parviens pas à savoir si c’est mon cerveau qui tisse tout ça, ou juste quelque chose comme des coïncidences. Mais les mots restent un peu coincé là, malgré tout et depuis tout ce temps, sans rien faire que dériver comme une méduse, justement, je ne sais plus formuler, c’est encore et plus, des bribes, des miettes, ci et là, et qui se répètent sans sens, sans ordre, juste difficilement.

 

 

/

 

 

 

 

/

 

Dans une vidéo, le cinéaste Elia Kazan parle du film de sa femme Barbara Loden, Wanda, de ce personnage dans lequel il retrouve des similitudes, que Barbara habitait, traversait, jouait. Il utilise une expression pour les décrire. Des flotteuses. Cette figure floue, incertaine. Une personne évaporée, sans prise sur sa vie, désincarnée, désancrée. Une personne fragile, influencable, une personne en mal d’être, qui cherche un repère, ou plus rien. Celle qui dérive, qui se laisse aller, s’abandonne. Elia Kazan parle d’une catégorie de femmes, d’un type. Elles seraient nombreuses dans les années 60, 70, à disparaître derrière leur mari, derrière une demande de perfection insoutenable, derrière un travail aliénant. Aujourd’hui, peut-être sont elles toujours invisibles, inaudibles, se fondant dans la discrétion. Le retrait.

 

 

/

Vous ne bronchez pas, vous ne soufflez pas, vous ne râlez pas, vous écrivez, vous remplissez des copies, vous passez des examens et des concours, vous étudiez sans effort, vous êtes à côté, derrière, sur le bord, vous êtes vague, vous êtes légère, vous êtes insaisissable, vous êtes nonchalante, vous traversez l’existence comme s’il s’agissait d’un nuage, d’une fine buée, d’une matière cotonneuse et sans résistance, vous vivez en somnambule, vous êtes anesthésiée, vous êtes endormie, vous êtes assommée, rien ne peut vous réveiller. Vous apprenez qu’on peut être ensemble et séparés. Vous vous absentez.
Olivia Rosenthal, Que font les rennes après noël ?, Verticales, 2010, p.122

 

 

 

/

 

Il y a la possibilité de disparaître sous des identités multiples, de fractionner son être pour le réduire à des variations infimes derrières des personnages écrasants. Le choix de A.

 

 

/

 

 

 

 

/

 

Elle traverse le temps, il coule sur elle, autour, se déverse là, marquant son corps de tâches, de stigmates, de felures, de sécheresse, le temps se déverse partout. Il décharne la peau, abime l’enveloppe, au début il n’a d’emprise que sur les contours, oubliant les mécanismes organiques, les fonctions vitales, laissant seulement l’esprit inconfortable devant son propre visage transformé.

 

 

/

https://deschosesdanslespace.tumblr.com/post/160985487542/mansfieldtya-fant%C3%B4mes

 

 

/

En Amérique il y a des femmes qu’on appelle des « flotteuses ». Ce sont des femmes qui sont incapables de diriger, incapables d’aller là où elles voudraient. Elles flottent comme des épaves ou des cadavres d’animaux, à la surface de la mer, çà et là…au gré de la marée…
Elia Kazan, https://www.ina.fr/video/CPB8205091305

 

 

/

 

Sur le côté de ma page youtube est apparu la vidéo d’un groupe que je n’avais encore jamais vu, How to Disappear Completely. En cherchant un peu plus sur ce groupe je découvre qu’ils créent une musique ambiatale, planante, des plages sonores longues, berçantes, avec un soupçon d’inquiétude, qui s’étirent, se répètent. Une musique pour les insomniaques. Leur nom qui m’a intrigué provient du titre d’un livre de Doug Richmond. Comment disparaître complètement et ne pas être retrouver. Un manuel pour les personnes qui souhaitent abandonner leur vie, et en reconstruire une autre, discrètement. J’ai croisé ce titre dans un autre ouvrage très récemment, mais il est tôt pour en parler. Et je ne peux m’empêcher de penser au film Les Fantômes d’Ismaël, dans lequel Carlotta, la femme du personnage central, a disparu un jour, sans laisser aucune trace, si facilement. Une autre flotteuse. Ce n’est peut-être pas un hasard si elle réapparaît vingt ans plus tard sur une plage.

 

 

/

 

Il y a la possibilité du laisser-aller, du laisser faire, de la dérive, celle de choisir une autre personne, de la suivre jusqu’à la complète fusion, ou dans la complète acceptation de tout. Le choix de B.

 

 

/

 

Il y a celle de la disparition totale, du suicide, duquel survivra une autre image de soi, le soi par les autres, par le souvenir, par le choix de ce que l’on a laissé. Le choix de C.

 

 

 

/

 

Au sol, il y avait les tubes transparents, le pastique souple serpententait entre les meubles, les tentacules claires se répendaient à terre comme les fragments fragiles d’un cadavre de cnidaire. D’un bout il y avait la machinerie qui soufflait. J’aurais aimé que ce son rappelle le ressac de la mer.

 

 

/

 

 

 

 

/

 

Dans un documentaire de Fabrizio Terranova, apparait un extrait de Wanda. Peu avant la sixième minute de An insane Portrait, on voit Wanda avancer dans la rue, lentement, la tête légèrement inclinée vers le bas, d’une démarche saccadée, innassurée. Elle porte un chemisier blanc, un pantalon beige, un sac à main au bout de son bras. Ses cheveux fin tombent de chaque côté de son visage. Il ne se passe quasiment rien dans ce plan d’une trentaine de secondes, et pourtant on saisit son introversion, son absence. Ce sont des gestes minuscules, le sac qui se balance maladroitement, la nuque lègèrement courbée, le regard abaissé. J’ai repassé l’extrait une, deux, dix fois pour être sûre, pour tenter de comprendre sa place dans le documentaire. Il s’agit d’un portrait de Josée Andréi, filmé à la main, il capte des scènes du quotidien de cette femme aux longs cheveux blancs, femme multiple, sorcière, tireuse de carte, peintre, littéraire, photographe, aveugle depuis la naissance. L’extrait de Wanda s’insère après que Josée Andréi quitte sa maison, nous laissant à l’intérieur, porte close. Wanda prend la place de la vieille femme, prolonge sa balade, même cheveux flottants. Elle aussi alors, a le regard aveugle.

 

 

/

 

Cela dure depuis des jours, des jours étranges où l’on s’échappe de la réalité, où l’on est là sans corps, sans pieds, où l’on flotte au-dessus du monde, au dessus de nous même, sans comprendre, sans s’accrocher. On échappe à cette réalité si violente qu’elle est iréelle. Les sourires sont vides, les yeux sont vides, les corps sont vides. Si froid. On est dans une bulle, une parenthèse, un temps suspendu, qui se fracasse trop tôt. Qui se cogne, se choque, se fêle devant l’absence.

 

 

/

 

 

 

 

/

 

Maintenant, je n’ai plus d’envie, je suis épuisée. Et surtout triste. Une tristesse du monde, des souffles fragiles des plantes, des politiques merdiques, des fleurs fânées, de la fin proche des papillons, des insectes, de la chasse à l’ortolan, des cancers virulents, des sclédormies systémiques, de tout ce qui fait pourrir, ce qui nous trahit, ce qui nous laisse démesurément impuissant. Je voudrais être un cténaire, un être primitif unicellulaire dérivant face au courant maritime. Échoué avec mes milliers de congénères dans les bas-fonds, sur les plages entre les jambes des nageurs dégoûtés face à notre texture gluante.

 

 

/

 

Comment, concrètement, faire du désir de sa propre disparition autre chose qu’une passion sacrificielle, incompréhensible ou morbide? Pour répondre à de telles questions, le geste de constitution d’un art de la discrétion est nécessairement appelé à se désagréger en une myriade de gestes tenus, en partie contradictoires, en partie non articulables. Ce pourquoi il ne peut s’agir que d’un art et non d’une science. Ce pourquoi la plupart des grands penseurs de la discrétion ou de la disparition se sont essentiellement exprimés par aphorismes et fragments.
Pierre Zaoui, La discrétion ou l’art de disparaître, Éditions Autrement, Paris, 2013, p. 36

 

 

/

 

J’envisage d’autres possibilités, celles permises par l’écran, par le réseau, par internet, par les plateformes de streaming, par netflix. La désimplication de soi, la désincarnation par la fiction. Par l’avalage consécutif, par la consommation indigeste et addictive des séries. Lors de ces plages de visionnage, on atteint un degré de non-être, d’absorption, de mise en veille. Nous ne sommes plus pour les autres, nous n’agissons pas, nous ne bougeons pas, nous ne produisons pas, nous ne créons pas. Peut-être seulement des souvenirs, des images, des associations. Mais au bout d’un certain temps nous ne sommes plus, nous ne pensons plus, nous ingurgitons. On devient une ombre inactive, une ombre passive de nous même. Le corps s’embourbe, s’engourdit, se raidit, il s’avachit dans des positions lassives, courbées, non maîtrisées. On est plus dedans, ni dans notre esprit mais dans un ailleurs, dans un entre-deux inconscient, dans un lieu d’absence, de flottement. La journaliste Claire Richard appelle cela la zone. Et cette zone a une douceur viscieuce. C’est un confort, un refuge, qui rend la remontée difficile. L’émergence dans la réalité est douloureuse, le sentiment de culpabilité tenace, il faut un attrait plus fort, un appat, une accroche scintillante dans le réel.

 

 

/

 

 

 

/

 

Elle avait raconté que parfois ses crises étaient plus violentes. Elle ne parvenait plus à respirer, son souffle se répétait vite, revenait fort, son corps était secoué, il se bandait et tremblait, il était parcouru de violents sursauts. Elle en perdait la maîtrise, son esprit se repliait dans un coin minuscule de la tête. Elle sentait ses yeux exorbités mais ne voyait plus avec, le corps tremblait encore, vrillait jusqu’aux convulsions oppressives. Elle le voyait s’agiter comme une marionnette électrifiée, et s’y échappait. Après, elle restait des heures sans pouvoir prononcer un mot, il ne pouvait sortir de sa bouche, elle n’était pas encore revenue. C’est dans ses moments là qu’apparaissait le dernier type de notes. Elle disait ne pas se rappeler les avoir écrites, elle les retrouvait au fond de ses poches, dans ses tiroirs, souvent sous son lit derrière les moutons de poussières.

 

 

/

 

Est venue l’image de la méduse, flottante elle aussi, portée par le courant. Une méduse d’une transparence fascinante, elle se mélange à son environnement, se fond en lui, n’est qu’eau dans l’eau. Parfois elle est irridescente, elle brille, traversée d’éclair coloré. Certaines sont éternelles, sont capable de se régénerer, elles sont immortelles. D’autres sont énormes et envahissent les mers japonnaises, elles prolifèrent sans fin certaines années. J’imagine qu’un jour la mer ne sera plus qu’une énorme masse gelatineuse, disparue, avalée par la prolifération horrifiante des méduses. Déjà certains étés les cténaires envahissent la baie d’une myriade de cloches translucides. Ils sont si fragiles, chaque brasse les déchirent. Ils n’ont pas de tentacules comme les méduses. Celles qui s’éprennent du monde et protègent par leurs sécretions urticantes. Il me semble que Donna Haraway voit ces tentacules comme des éléments d’ancrages, comme la symbolisation d’une pensée rhizomatique, archipelique, multiple.

 

 

/

 

Il y a longtemps, j’avais redessiné d’après une photographie, le visage d’un jeune homme, sur l’image il flottait en étoile dans l’océan, les yeux clos, l’air totalement détendu et apaisé. À côté du dessin, j’avais noté : le bonheur. Nous partageons ce plaisir de s’abandonner à l’océan, de se faire porter par l’eau salé, et de sentir le soleil caresser nos paupières.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelle fenêtre
>> Je fais pomme N
j’ai une
Nouvelle fenêtre
j’assiste en
direct à une création
littéraire
sonore
video
web
Nouvelle fenêtre
m’emmène vers d’autres lieux : de chez moi, de là où je suis
Voici une galerie, un vernissage, un événement, un lieu à soi, un espace de lecture, de création, d’échange.