Lise Hay à résidé du 19/03/2019 au 29/03/2019
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Titre de l’article
Auteur
date de résidence 19/03/2019 - 29/03/2019

Ceci est un processus, en 7101 mots

Bienvenue à mon exposition, Ceci est un processus, en 7101 mots, vous y trouverez des bribes de moi et d’autrui en parcourant les murs intangibles du lien qui nous unit. Quant aux musiques, elles sont là comme une rampe pour vous aider à vous appuyer sur vos émotions. Libre à vous de vous y arrêter plus longuement, ou les éviter. Ici, vous dirigez vos propres découvertes.

durée approximative de la visite : quarante-cinq minutes à une heure

Parfois il n’y a pas de mots. Parfois il y a un geste, une esquisse, un hurlement interne, des pensées si pleines qu’elles nous paraissent trop lourdes pour émerger de sous terre, là où les émotions s’amusent à tourner en enfer tout être qui les possède. Ce soir c’est moi, l’enfer.
Je brûle sous la rage, mes côtes s’embrasent dans un cri silencieux. Et pourtant je m’effronte à tenter de dompter ce feu, à en faire un spectacle heureux.

nuit du 14 au 15 octobre
Pièce 1  – recoin 1 

James Blunt – She will always hate me

Parfois il n’y a pas de mots. Dans les moments où il en faudrait le plus, pour refuser, pour s’indigner, pour se protéger, pour se défendre, pour protester. Quand même notre corps semble se liguer contre nous et nous faire croire qu’on a mérité ce qui nous est infligé.Parfois il y a des bouches qui s’ouvrent, parfois il y a des mains qui tremblent, parfois il y est des cris qui s’étouffent au fond de la gorge.
Les yeux alors prennent le relai. Les yeux qui observent, les yeux qui interrogent, les yeux qui supplient, les yeux qui s’embrument dans la dernière goutte de vie qui veut bien s’exprimer.
Parfois il y a des soubresauts, des palpitations, des contractions pleines de contradictions. Il y a ce que la pensée dicte et ce que le corps abdique. 


Il y a les mots qui se mélangent, les lettres qui dansent ensemble et qui changent le sens de toute chose. Il y a les chiffres qui se colorent, il y a mille mondes qui s’entrouvrent, sans jamais se rendre lisible pour les bien pensants. Les verbaux, plein de vers beaux ; qui savent s’exprimer sans bégayer, sans raturer, sans recommencer, sans tourner cent fois d’abord les mots contre leur langue. Qui par ce talent pensent être plus raisonnés, plus raisonnables, plus acceptables, recevables, embrassables, aimables. Et nous autres, pauvres damnés non verbaux, on se tait, on courbe l’échine, et le long de notre moelle épinière se glisse un pincement qui nous attrape pour nous suspendre. Regardez, j’ai la tête à l’envers, et pourtant, je vois quand même le monde comme il est. Je le vois avec mes sens, je le vois avec tout ce qui me parcourt, qui m’émeut, me révolte, je le vois, sa vue s’imprègne sur ma rétine jusqu’à me faire court-circuiter.



Ceci est un exercice
(12 février )


Ce n’est pas un exercice facile. Certains disent que c’est un exercice compliqué. En fait, personne n’en sait rien. Les gens font semblant de savoir si c’est facile ou compliqué, mais en réalité, personne n’a jamais pu faire cet exercice. Il n’existe pas. Il n’a jamais existé. C’est une petite boite creuse qui regorge d’absence et de silence. L’exercice, pourtant, aime a se faire caresser les arêtes. Mais tout le monde, trop préoccupé à définir et affirmer le niveau de difficulté de cet exercice, ne prend jamais le temps ; ni de le regarder, ni de le caresser entre deux arêtes. 



Ceci est un brouillon
(nuit du 14 au 15 octobre )


Un brouillon bruyant, un brouillon qui halète, un brouillon qui s’arrête puis reprend sa course.Le brouillon est toujours essoufflé, épuisé. Il passe son temps à essayer. Il efface, il répare, il disparaît de la conscience mais esquisse les idées.Je suis le brouillon ; je suis impatient.e, indocile, indécis.e, je m’arrête à chaque carrefour pour en regarder les chemins, et ça ne me dérange pas, car à chaque fois, je sais qu’à chaque recommencement, je ne fais que continuer.



Ceci est le courage
(nuit du 14 au 15 octobre )

Je suis cet ami qui continue de sourire quand le monde s’écroule. Je suis Sisyphe, damné et par cela affirmé. Je n’ai plus rien à perdre, tout à y gagner.  Je suis le scarabée boulier qui empile ses étrons de brouillon pour en faire une masse si imposante qu’on ne peut plus l’éviter. Elle bloque l’attention, prend la place qu’elle s’attribue, sans regarder en arrière, ni sur les côtés, et surtout pas vos yeux qui la scrutent pour savoir quand va-t-elle flancher. 


Pièce 1  – recoin 2 

Anne Sylvestre – Les gens qui doutent



Ceci est la peur
(nuit du 14 au 15 octobre )

Elle vacille, car elle est belle. Elle est cette flamme à la fois chaude et fragile. Elle éclaire. Parfois trop, tellement qu’elle illumine la pièce de pensées intrusives. Regarde, à présent, tout le monde te  voit, tout le monde te regarde, n’est-ce pas ce que tu voulais ? Toutes ces pupilles affamées de vie qui veulent absorber ton âme toute entière comme simple en-cas dans leur journée. 
Mais le courage revient, il lui dit : ne t’arrête pas, ne t’arrête pas, les brouillons se forment et se mettent en position bouclier et crient :CHARGEZ! Chargez toutes ces choses qui n’ont pas voulu sortir, qui n’ont pas voulu se laisser dire, laissez brûler les méprisants sous la flamme de leur propre peur : celle de vous voir continuer. Souvenez vous que les regards pesants sont des regards qui ont pris le temps de s’arrêter, qui vous ont remarqué, qui momentanément ont trouvé que vous aviez plus d’importance que leur propre vie. Il y aura forcément deux catégories : les yeux inspirés et les yeux envieux. 


Pièce 1  – recoin 3 

Ludovico Einaudi – Experience 



Ceci est l’inspiration
(nuit du 14 au 15 octobre )

L’inspiration ne trouve pas toujours son rythme, parfois l’inspiration se trouve à l’exact même moment que l’expiration, elle se brode, se tisse méticuleuse et exacerbée comme la toile d’argent que des pattes s’appliquent à créer, pour permettre à la rosée du matin, encore jeune et pleine d’espoir, de se poser un instant. L’inspiration est toujours insufflée en même temps qu’elle est expulsée. L’inspiration est une force vive qui se nourrit d’elle-même. Elle est la plus grande créatrice,  met perpétuellement à l’œuvre des centaines de brouillons, des centaines d’émotions, des centaines de souffles coupés, ébahis, ébranlés, apeurés, elle accouche sans jamais se repentir.Et quand bien même les mots manquent, quand l’inspiration semble manquer, il y a toujours des ressources quelque part, offertes par ces âmes suspendues, qui s’offrent en pâture à un monde qui leur prendra toujours plus, juste parce  qu’elles sont capables de sentir ce monde et que même non verbal, ce monde a mille choses à dire.

Des parties de moi se sont réparties, elles sont venues me voir et je les ai accueillies, j’ai tenté de les saisir avant leur éclat, tout comme vous et moi, espérons chaque jour parfois qu’une force nous rattrape, qu’elle nous caresse et nous aime, et nous donne envie de ne plus partir. J’espère pouvoir vous apporter d’un peu de ce que vous avez pu manquer, et si c’était des mots, murmurez les moi à l’oreille, je les jetterais avec vous contre ce qui vous agresse, ce qui vous terrorise, étape par étape, bataille par bataille, ce n’est que partie remise. 



——
trêve, respiration et intégration *
Quand la musique s’achève, pénétrez la pièce n°2

——

15 octobre
Pièce 2  – recoin 1 

Raphaël – Peut-être a-til rêvé

 
La pluie a cessé, mais j’entends encore l’eau qui tombe des toits et des gouttières, ploc, ploc, ploc.  C’est un Pollock d’émotions qui continue de se déverser sur moi. Les retombées, tombent en trombes.

des pensées

 Est-ce que ça vous arrive, à vous aussi, de tourner et retourner dans les coins de votre tête? De faire les cent pas dans une pièce vide? Dont l’atmosphère meuble d’elle même les murs, les sols jusqu’aux plafonds? Comme la pluie qui tombe, la pièce s’éclabousse pensée après pensée. Les retombées.  Je n’ai pas pu dormir cette nuit, mon cerveau était indomptable. Je suis toujours surpris de sa liberté. Je devrais lui en vouloir, lui dire que son service ne m’est pas toujours agréable. Mais je suis si admiratif de toute la vie qui l’habite, qui émerge à profusion, qui danse à sa manière unique, que je me tais, et le laisse faire, s’exprimer, comme on regarde un enfant découvrir le monde à son propre rythme, à ses propres joies, déconvenues, et j’essaie de mon mieux de le suivre. C’est difficile d’y trouver ma place, mais je me suis si souvent senti enfermé, contenu, apprivoisé, que je ne veux pas devenir la même cage.  

 Parfois c’est vraiment bruyant, parfois c’est trop calme.  Mais souvent il y a l’averse, et puis les retombées.  Les retombées difficiles, qui animent les angoisses, les tortures que l’on s’inflige, les pensées parasites, les peurs ressassées, celles qui isolent, qui emprisonnent parfois, qui nous font bloquer, bloquer, bloquer. Le bloc est en nous, il fige, alourdit, épaissit, la thickness qui rend sick. Et d’autres fois, les retombées rebondissent quand elles fracassent le sol. Elles ne se fondent pas dans la mélasse, mais s’en éjectent. Elles vont se poser plus loin, là où l’environnement est plus doux, et contribuent à l’éclosion d’un nouveau projet.

 Si vous pouviez me voir, tandis que j’écris ici, vous pourriez voir mes mains qui restent parfois en suspens au dessus du clavier, à quelque millimètres seulement, comme ce moment de voltige si court qui parait infini, et quand le suspens est trop long, elles font une pirouette, tournent et s’arrêtent, se tendent, marquent des percussions invisibles, et puis si ce n’est pas assez, mon corps se balance, d’avant en arrière, d’abord la tête, la nuque qui impulse à l’hippocampe de lâcher prise, de laisser aller, de laisser couler, pleuvoir. Si ce n’est toujours pas assez, mon ventre se convulse pour aller chercher au fond de mes tripes ce qu’il y aurait encore à donner. Autophagie, circuit ouvert, je creuse plus profond en moi, je me dévore pour nourrir. 


9 octobre

Quand je crée, c’est comme un dialogue. Mais quand personne  n’est là pour dialoguer avec moi, je me parle, je m’auto-parle, je mange mes propres mots, ma peau et mes os, car mon esprit ne peut pas s’empêcher de parler. Avec mes yeux, je parle. Dans l’environnement, je réponds. En huis-clos, je raisonne                                                                                                                            résonne

15 octobre
Pièce 2  – recoin 2

Tom Rosenthal – Going to be wonderful



écho d’échos, et co

C’est fascinant, comment on peut faire du lien avec des outils si différents. Les gens parfois pensent qu’il n’y a qu’une manière de s’exprimer, de se relier aux autres. Que tout échange commence par une formule de politesse et se conclut de façon audible. J’ai toujours aimé les choses à déchiffrer, à décoder, c’est une invitation spéciale quand on parvient à pénétrer ce qui était protégé. J’aime partir en explorations dans les labyrinthes d’autrui. M’y perdre, parfois. C’est un jeu dangereux quand autrui vous a envoyé une invitation fictive et que ses salles aux trésors ne sont qu’une salle aux miroirs déformants. Pour les autres, c’est un voyage intriguant, émouvant, et parfois bouleversant. J’avance à tâtons, les bras devant, il fait sombre, je peux tomber à tout moment. Mais rien que le contact d’une pierre sous ma main, et j’en apprends plus que je n’aurais pu en rêver. Comme en géologie, la roche m’indique ses conditions de formation. Sa texture, sa température, son aspérité, son caractère, et plein d’autres paramètres qui ne rentrent pas dans des concepts que je sais formuler. Momentanément je disparais, je me laisse aspirer par les sensations, j’essaie de n’être plus qu’un réseau qui prolonge ce qui a été partagé. 

Il y a un mot qui m’a toujours fasciné, transcender, transcendance. Je l’imagine parfois comme un espace, infini certes mais limité au cadre de ma présence. Imaginez un espace où tout est blanc ou ce concept de vide, où l’on ne discerne pas de frontières. Le cadre créé est celui de la périphérie visuelle, j’ai parfois l’impression de voir les bords de mon crâne. Je suis limité par où je regarde, par où je pense. C’est assez marrant parce que transcendance (du latin transcendens ; de transcendere, franchir, surpasser) indique l’idée de dépassement ou de franchissement. C’est le caractère de ce qui est transcendant, c’est-à-dire qui est au-delà du perceptible et des possibilités de l’intelligible Je trouve ça marrant parce que ça paraît comme quelque chose de rare, de ponctuel, une expérience qui transcende est une expérience qui nous entraîne là où on n’a plus de repères connus, comme si subitement notre réalité n’était plus qu’une expérience impossible à retranscrire. Et pourtant, j’ai l’impression de perpétuellement baigner dedans. Et ce qui me transcende, c’est plutôt quand je suis impulsé dans le grand bassin. Je patauge en permanence dans cette espèce de cavité, une cavité dans le néant, non, c’est l’inverse, en permanence dans le néant, un truc brouillé, crypté, mais où y’a tellement de choses que tout s’annule, comme les couleurs que l’on ajoute jusqu’à ce que ce soit noir, mais les couleurs sont toujours là, simplement, on ne les voit plus. Ma transcendance, c’est surpasser ce qui paraît vide pour frôler un autre vide. Et comme les trous noirs, ces deux amas sans masses se dansent autour jusqu’à devenir un même amas un peu plus riche. Là j’écris, parce que je joins l’imagination à des connaissances, je passe ma vie à essayer de faire des ponts entre les réalités que l’on m’apprend et toutes ces choses en moi que je n’arrive pas à palper correctement. Mais ce n’est jamais assez, jamais proche, même pas vague. Parler, c’est encore pire qu’écrire. L’écriture a pour moi plus de liberté, elle semble figer des concepts, quand elle propose des chemins. Plus ou moins larges, plus ou moins d’indications et de ce fait de possibilités. Quand je parle, je ne contrôle plus rien. Tout ce qui me compose se met à courir dans tous les sens, à envoyer mille signaux, et je vais le voir, à moitié de l’intérieur, à moitié de l’extérieur, et d’autres quarts de là où ça percutera. Et je ne peux que constater le carnage. Ça part sans moi et je deviens spectateur de la création de chemins qui n’ont rien à voir avec moi. Avec l’écriture, je pose des éléments, après les gens en feront ce qu’iels veulent. A la place d’à chaque seconde, je n’aurais proportionnellement qu’un retour biaisé à chaque heure. C’est le même carnage, mais distillé, espacé, et entre deux carnages je peux m’essayer à respirer.

Souvent l’écriture vient de l’entrechoc entre deux-ou plus-pensées, ce qui en résulte ne sont pas ces deux pensées, ni leur collision à proprement dit. Il s’agit plus des fragments attrapés en vol. Une décomposition dont le nouvel assemblage véhiculera de nouvelles pensées.


——
Sous vos pieds est écrit :
L’écholalie est une tendance spontanée à répéter systématiquement tout ou une partie des phrases, habituellement de l’interlocuteur,
en guise de réponse verbale. 2

puis

écholalie
écholalie
écholalie
écholalie
écholalie
écholalie
écholalie

——


Pièce 2  – recoin 3

Citizen Cope – Let the drummer kick



Ceci est la confrontation
(15 octobre)

Dans un espace clos, plusieurs entités. Parfois entêtées. Parfois le conflit. Une mise à nu qui peut conduire à une mise à terre, une mise à mort. La mort d’un travail de longue haleine, d’une longue inspiration restée en suspens. Sous les regards, la respiration se fige, le corps se tend jusqu’à ne dynamiser plus que le cœur, qui palpite au point d’imploser. La confrontation existe dès que deux entités sont visibles l’une pour l’autre. La confrontation peut-être celle entre l’être et ce qu’il produit, entre la production et lae spectateurix, entre lae spectateurix et lae productrix. Parfois, en simultané, tout ça. A la fois, d’un coup, en va et viens. Ça secoue, ça bouscule, c’est plein de contact. Et le contact, quand on en ressent toutes les forces intangibles, ça fait mal. C’est comme l’eau si glacée qu’elle en paraît brûlante, ou l’inverse. Dans tous les cas, c’est trop. Ça donne l’impression qu’il n’y a plus rien, comme une multitude de sons qui ensemble saturent et ne laissent qu’une trace unie et désagréable dans les tympans.



Ceci est l’aveu
(15 octobre)

Avouer, c’est confronter une réalité à un imaginaire, parfois individuel, parfois collectif. L’aveu peut se faire en chuchotant, car il est difficile. Il peut se faire en criant, car il est douloureux. Il peut se faire en pleurant, car il est libérateur. Pour faire un aveu, il faut un peu d’assurance. Ou de l’insouciance. Ma réalité physique me fait souvent manquer d’articulation ou de clarté quand j’essaie de m’exprimer. Je « marmonne dans ma barbe », comme on dit. Parce que chacun de nos mots sont des aveux, et que je manque d’assurance et d’insouciance. Plus je me tais, moins j’existe. Et moins j’existe, plus on pourra m’inventer secrètement. Avoir conscience de soi, ce n’est pas donné à tout le monde. Moi, c’est cette cavité dans le néant, c’est le noir de mille couleurs ensemble, c’est ce chaud qui devient froid, c’est l’endroit où tout semble disparaître.


17 octobre
Pièce 2  – recoin 4

Röyksopp & Robyn – Monument



Ceci est la persévérance
(17 octobre)

En équilibre sur la volonté et la concentration, elle est difficile à contenir. Son visage a les traits serrés,  les sourcils s’y froncent comme pour retenir le but final en leur sein, surtout, ne pas le laisser s’échapper. C’est de retourner là où c’est une moitié de plaisir et l’autre de torture. Pour celleux qui aiment les choses vives et intenses, ce sont des pas lents qui vont presque à reculons.  Pourquoi y retourner, encore et encore, pourquoi ne pas simplement poser ses bagages, là, écrire le mot fin



Ceci est l’ennui
(17 octobre)

Le moteur cérébral qui tourne dans le vide, sous-stimulé, avide d’un quelque chose qui le fera s’exciter. Troquer tout ce que l’on a en échange d’une simple, d’une minuscule sensation. Un corps desséché qui se traîne dans le désert de l’absence. L’envie qui nargue, loin devant, qui s’efface quand on l’approche, l’envie qui se fait oasis.Tu n’auras rien; rien pour abreuver ta conscience, rien pour rafraîchir ton visage d’un souffle de vie, rien pour apaiser la tension fébrile de ta frustration. 

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Ceci est un exercice, ceci est un exercice, ceci est un exercice
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Ceci est la contrainte
(17 octobre)

Pour créer, il faut parfois inventer son combat; invoquer de nouveaux ennemis pour forger de nouvelles armes, s’enfermer sur le ring des règles et y rester tant qu’on a pas mis K.O la panne. Jeter ce qui vient dans ce moteur indocile, lui ordonner de se mettre à ronronner coûte que coûte, pour s’échapper enfin du désert. 


Pièce 2  – recoin 5

James Blunt – Bonfire Hearts


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Vous avancez à nouveau
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-Ce soir, il y a un évènement sympa au centre ville. Il y aura de la musique, des gens qui s’amusent, de l’alcool. Je crois que je vais y aller.

-Je vais y aller, je vais y aller.

-Tu sais, depuis qu’iel est parti, je suis obligée de sortir, de me gaver de la vie des autres, de leur bruit, de leur respiration, de leur joie et de leur présence. J’essaie d’oublier, de me vider de moi, d’ellui, en me remplissant des autres. J’essaie, jour après jour, mais c’est difficile.

-C’est difficile, c’est difficile.

– Le pire, c’est que je suis sûre qu’iel ne galère pas autant que moi. Comme si sa vie était identique à celle qu’on avait. Peut-être même mieux. Ça me bouffe de me dire que je me fais un sang d’encre pendant qu’iel doit être en train de vivre sa meilleure vie. En fait, peut-être que je m’en fais trop.

-Je m’en fais trop, je m’en fais trop.

-Je vais aller à la fête, je vais m’amuser, boire pour oublier, je vais rencontrer de nouvelles personnes, peut-être les suivre là où l’alcool nous emmène, et puis si on va en boîte, j’irais en boîte, et si ça ne me plaît plus,  si l’ambiance finit par m’oppresser, alors je t’appellerai si je veux m’en sortir.

-Je veux m’en sortir, je veux m’en sortir.

-Et si pendant que je rentre, que je t’ai au téléphone, si je me perds, que je croise des passants, je leur demanderai une rue précisément, je ne leur dirais pas que je suis perdue, parce que ça me fait trop peur, les gens qui savent que t’es perdue, y’en a qui en profitent, qui ne te lâchent plus, qui pensent pouvoir jouer au sauveur et me sauter dans la foulée. Alors je garderais la tête haute, les épaules carrées, je te parlerais, et je leur dirais simplement: non merci, et non, je ne leur dirais pas que j’ai besoin d’aide.

-J’ai besoin d’aide, j’ai besoin d’aide.

-Parce que ce serait quand même con, moi j’aurais juste voulu me sortir ces nuages sombres de ma tête, tu vois, respirer un coup, m’amuser, peut-être.Tout ça pour l’oublier, l’autre, qui m’a sans doute déjà oublié, alors je suis là, à essayer de reprendre ma vie en main, l’air de rien, et demain dans les journaux on parle de mon cadavre qu’on a retrouvé dans les fourrés. On pourra croire ce qu’on veut, que j’étais trop bourrée, que je tenais plus debout, au bout de ma vie, peut-être même morte dans mon vomi. Tandis que l’autre continuera la sienne, de vie, pleine d’étincelles et des merveilles qu’iel saupoudre partout où iel passe. Imagine la honte, dans ces circonstances, si je meurs.

-Si je meurs, si je meurs.

-Bon allez, je vais me préparer. Je vais mettre ce petit pantalon moulant, un petit haut noir, une chemise, me maquiller, travailler mes cheveux. Merde, je ne retrouve plus ma chemise préférée avec les tournesols. M’enfin, est-ce que c’est grave.

-Est-ce que c’est grave. Est-ce que c’est grave.
Oui, c’est grave, parce que je suis là, je suis là pour toi. Et que tu ne vas pas sortir ce soir, parce que tu n’en as pas envie. Et tant pis pour ta chemise, tu n’en as plus besoin, dorénavant tu pourras te couvrir de mes bras.



Pièce 3


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Lourd silence de trente secondes

Le premier recoin est exigu, on y respire mal, il y fait à la fois une chaleur étouffante quand une sensation glaciale nous électrise
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22 mars

Ce soir, pour la première fois de ma vie, j’ai réellement envie de mourir. Pas parce que je suis triste, ni parce que la vie paraît absurde, ni parce que je me sens mal dans mon corps, mais parce que d’un seul coup, le monde dans lequel j’ai grandi, où je contrôlais relativement les choses, a disparu. J’ai compris que je ne contrôlais rien, et que pendant tout ce temps où je pensais comprendre des choses, je ne comprenais rien. Je ne sais plus ce qui a du sens, ce qui est souffrance. J’ai passé ma vie a essayer de faire des allers retours entre moi-même et le monde. A essayer de comprendre, de cerner les gens qui m’entouraient. A essayer de bâtir sur ma compréhension du monde un royaume. Il n’y a plus de royaume. Je ne sais plus rien.Je ne savais déjà pas où aller, puis qui je suis, maintenant je ne sais plus non plus qui sont les personnes autour de moi. Je ne sais pas à qui me confier, je ne sais pas qui aimer, je ne sais plus rien.


—–
Pause
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Lecture de la vidéo – visionnage – arrêt à 3:45

Et tandis que le sommeil continuait de me fuir, j’entendis un bruit régulier taper contre ma fenêtre. D’un coup, une chaleur tropicale s’embourba au sein de mon plexus.Autour de moi des plantes se mirent à grimper, à escalader les murs, à recouvrir et mon appartement et moi-même. La lumière changea et la nuit devint chaude et douce, tandis qu’elle était froide et agressive quelques heures auparavant. J’essayai de comprendre, d’où surgissaient soudainement toute cette vie et tout cet espoir quand je me sentais brisé, que mes yeux étaient encore rougis par les pleurs et la fatigue. C’est alors que je le vis, accroché à une branche parmi la végétation luxuriante. Avec ses couleurs vives, il me fixait tranquillement. C’était un Toucan.


Pièce 3  – recoin 2, large

Bob Sinclair – Love Generation

LE TOUCAN Hé, l’ami, ne t’a-t-on pas dit qu’hier le printemps était revenu ? N’as-tu pas senti les caresses du soleil réconforter ta peau ? N’as-tu pas senti le doux parfum des fleurs, entendu le chant des oiseaux ? Pourquoi en toi ça ressemble encore à l’hiver ?

MOI C’est que… Cette fois, la journée ensoleillée m’a semblé me tromper. Je me suis réveillé entre le chant des oiseaux, j’ai senti le doux parfum des fleurs, j’ai senti le soleil caresser ma peau. Puis, le soleil s’est mis à me brûler, les fleurs à s’assombrir et se fermer, et les oiseaux s’égosiller. Mon ami Toucan, tu sais que j’aime le printemps, c’est lui qui m’a vu naître, et je revis en lui chaque année. Mais chaque année, c’est un peu plus dur, chaque année, le soleil est moins doux est plus agressif, chaque année, les fleurs éclosent trop vite, chaque année, du brouhaha couvre un peu plus le chant des oiseaux. 

LE TOUCAN C’est vrai que tu as l’air fatigué, tes yeux ne reflètent plus si bien la force vive que l’on a pris soin de placer en ton sein. Les épreuves de la vie t’ont voilé la vue, et ont déposé sur tes rêves un rideau épais.

MOI J’ai tellement peur, ami Toucan, tellement peur de passer à côté de tout ce qui compte pour moi à ne pas réussir à me concentrer dessus, que je ne regarde plus que ça sans être capable de lever mon corps pour le faire agir à mon gré. Je reste stoïque quand le train me passe dessus et je me mets à pleurer en regardant les wagons s’éloigner. 

LE TOUCAN Aujourd’hui, le train t’es passé dessus. Mais cette fois, tu le fixais te foncer dessus, et ton corps n’était pas qu’un automate qui se faisait percuter. Cette fois, même si tu pensais que tu n’étais pas prêt, tu as réceptionné le train. Il t’a traversé, tu as senti chaque wagon te traverser tout entier. Bien sûr, que tu t’es écroulé. Et comme le résultat te semblait le même que les autres fois, tu n’as peut-être pas saisi que le déroulement avait changé. Que ta position s’était légèrement arquée, que ton torse s’était légèrement bombé, que tes paumes s’étaient légèrement tournées vers ce qui allait une fois de plus te renverser. Cette fois, tu as accepté, tu as lâché prise et tu t’en es retrouvé tellement désemparé que c’était beau. Tu t’es laissé percuter par ce qui venait à toi. Et sans le comprendre, tu as renoué avec ce train que tu avais créé de toutes pièces, tu as fusionné avec le pathos, avec la souffrance, et par ce biais tu as donné naissance à la délivrance. Le train n’existe plus, il n’y a plus de chemin de fer. Il n’y a plus que la végétation vitale qui reprend le dessus sur l’armature métallique et rigide que tu avais créé pour te protéger. Car tu n’as plus besoin de cette carapace, tu peux enfin respirer et rester debout sans crainte de collision. Bien sûr, la végétation est sauvage et difficile à parcourir, mais elle veillera toujours à te procurer ce dont tu as besoin. 

MOI Mais comment savoir où me diriger ? La végétation, même bienfaitrice, est épaisse et je n’y vois guère. Ses feuilles denses semblent voiler tout autant ma vision que le voile qui s’était déposé sous mes paupières.

LE TOUCAN Il n’y a pas de bon chemin. Chaque pas parcouru t’emmènera à un endroit où tu pourras jouir de ses bienfaits. A chaque instant, tu pourras tomber sur des fruits juteux pour te rassasier, sur une source chaude où te réchauffer, sur un tapis de feuilles où te reposer, sur un arbre où tu pourras prendre de la hauteur, sur un oiseau vibrant où te confier.


MOI Pourquoi es-tu venu à moi, ami Toucan ?

LE TOUCAN J’ai toujours été là, tu as cru m’appeler mais tu as simplement ouvert les yeux. Tu as laissé tes sens te guider, tu as suivi ton intuition, c’est toi qui a créé ce chemin, c’est toi qui a créé ce train pour te laisser une dernière fois renverser, pour vous transcender dans cette végétation luxuriante qui n’attendait que toi. Tu as appris à te débarrasser de tout ce qui était construit autour de toi, et à chaque fois que le train passait, c’était ses rails que tu démantelais. Aujourd’hui je peux enfin te parler, dialoguer avec toi, car il faut que tu parles. Il faut que tu t’exprimes, il faut que tu renoues avec ton corps, avec les outils que tu as toujours eu en toi. Mon bec est grand et il est voyant : par son biais tu peux exprimer tout ce que tu n’osais plus penser.

MOI Comment pourrais-je savoir quoi dire, quand j’ai peur de chacun de mes mots, de chacune de mes actions, qu’ils détruisent ce qu’il y a de beau autour de moi et dans ce monde ?

LE TOUCAN Ici, tu es en sécurité. Regarde, tu commences déjà à parler, même en questionnant. Il suffit de laisser les choses se faire d’elles-mêmes. Ca a fonctionné jusqu’ici, puisque je te parle, que nous nous rencontrons enfin. Tu as avancé chaque jour sans t’en rendre compte, tu as marché vers moi. C’est grâce à ce que tu as dit et fait que nous en sommes là. 

MOI Et si jamais ma verve s’épuisait déjà ? Que mes pensées commençaient à reprendre le dessus sur mes actes, que mes doutes s’emplissaient encore jusqu’à m’étouffer ?

LE TOUCAN La peur n’évite pas le danger. Et pourtant, la peur permet parfois de faire des choses impossibles sans sa dynamique. Je ne suis pas inquiet pour toi. Tu es destiné à de grandes choses, car ton cœur est pur. 

MOI Alors pourquoi ais-je l’impression d’être si perdu ? J’ai tellement envie de me réaliser que je ne sais pas par quel bout commencer.

LE TOUCAN Tu commences tous les jours, tu ne fais qu’avancer, ce n’est souvent qu’une question de patience, de résilience et de confiance en toi.

MOI Ami Toucan, sans vouloir t’offenser, hormis la résilience, qui s’est emparée de moi dès la naissance, au même titre qu’un instinct de survie, je n’ai ni patience ni confiance en moi.Je suis tellement touché par mon environnement que je ne peux m’empêcher de ressentir trop fortement l’injustice et d’être en hâte qu’elle soit écrasée par l’équité. Et mon cerveau agité me rend bien difficile les tâches de concentration et de patience. Tout vient en moi en flots et en marées, et je suis chahuté de berge en berge. Quant à l’estime, eh bien, elle serait bien plus simple à trouver si je ne me sentais pas si incompris et mé-reconnu pour ce que je suis.


Pièce 3  – recoin 3, encore plus large

Snowmine – Let me in

 

LE TOUCAN Qu’est-ce que tu es, dis moi ?

MOI Je ne sais pas bien. Parfois j’ai l’impression d’être une question ambulante qui ne trouve pas assez de support pour se développer et se solutionner. Parfois j’ai l’impression de voir clair dans les jeux du monde, quand pour autant je n’arrive pas à y jouer. 

LE TOUCAN Ce n’est pas ton essence, ceci est la perception de la confrontation de ton être face au monde qui t’entoure. Cette perception fonctionnait avec le train qui venait te percuter en tempo. Mais dans cette jungle, elle n’existe plus. Dans cette jungle seule ton essence peut se balader. Ta sensibilité, ton désir d’aider, d’aimer, ce feu d’amour en toi, pour tout ce qui t’entoure, toute la beauté de ce monde, ta curiosité, voici ton essence et tes armes. Le reste n’est qu’illusion lorsque ton esprit se sent enfermé. Mais ton esprit, ainsi que ton essence, sont libres. Pour nourrir ton essence, tu dois respirer. Là, déjà, respire avec moi, de grandes bouffées d’air. Emplis toi de l’air pur qui t’entoure, il est toujours là, près de ton aura. Je suis avec toi. Regarde mon ventre bouger sous la danse de l’air avec mon corps. Tu aimes danser non ? C’est ta joie interne et vibrante qui veut ça. Tu es né pour sourire, rire, jouir, danser, chanter, aimer. Tu es né parmi les premiers chants d’oiseaux, au cœur du retour du soleil, dans le même terreau que les fleurs que tu aimes tant. Alors laisse toi aller, fais danser ton souffle contre la joie omniprésente. Regarde mes couleurs ; j’ai appris à en être fier. Mon plumage est voyant, car il est beau à regarder. J’exprime, toute la joie du monde, en même temps que sa sagesse. Toi comme moi, nous sommes là pour exprimer. Et pourtant, même si visible, il est courant que je ne me voie plus. Parce que je suis trop fasciné par ce qui se passe autour, parce que je regarde ce qui vit autour de moi. J’en oublie mes couleurs et ma beauté. Mais mon long bec, toujours sous mes yeux, me rappelle que j’existe, que je suis majestueux, que je suis né pour chanter. Et à chaque fois que je le fais, mes couleurs se ravivent à mon esprit, et je me sens devenir encore plus grand, encore plus fort. Ce n’est que ça, un peu d’expression de moi. De ce que je vois autour de moi, du processus de déconstruction et de reconstruction par l’acte créatif. Tu voulais mourir, mais tu ne l’as pas fait. Tu as gémi, recroquevillé, tu t’es plaint de ton sort maudit. Puis les plaintes se sont vu grandir, se nourrissant des flammes de ta souffrance, un cri est sorti, un tout petit cri, tel l’oisillon tombé du nid. Puis un autre, encore et encore, jusqu’à ce que ta voix se stabilise, au même titre que ta voie, que l’aisance prenne place sur l’inconfort et la honte de ces petits cris qui te semblaient insignifiants. Un chant majestueux commence toujours par une plainte timide, pour ne pas paraphraser un vieil ami à moi. 

MOI Je n’ose pas élever la voix, je m’en suis rendu compte, j’ai peur qu’on m’entende. 

LE TOUCAN C’est bien le but, pourtant, qu’on t’entende, on n’attend que ça ! Regarde comme tout le monde s’extasie du premier cri d’un nouveau né ! Et pourtant, ce n’est vraiment pas le bruit le plus mélodieux qui soit. Mais on l’applaudit, on le pleure de joie, parce qu’il dit : je vis ! je vis ! et je suis là pour me faire entendre. 

MOI Pourtant parfois c’est impossible, vraiment, on est bloqué. La gorge se resserre, la langue se mêle au palais et rien ne peut sortir.

LE TOUCAN Qui a dit que tu devais commencer par utiliser ta voix ? Vous les humains, avez pour spécificité d’être doués de créativité,  pourquoi se borner à utiliser un outil basique quand vous pouvez créer tous ceux que vous voulez ? 

MOI Mais c’est incompatible avec ce que tu as dit avant ! Pour créer il faut avoir confiance en son geste, il faut avoir quelque chose à exprimer, il faut avoir confiance en soi.

LE TOUCAN Il n’y a rien d’incompatible. L’inventeur.ice est cellui qui ne sait rien. Iel cherche, farfouille, pioche des éléments et les assemble. De là commence le processus.

MOI Je ne pense pas en être capable. Je ne saurais pas quoi prendre comme éléments.

LE TOUCAN Ah oui ? Peut-être as-tu raison. C’est d’ailleurs sans doute pour cela que tu viens de passer d’un état d’envie de mourir à la réalisation de cet écrit. Simplement par des gestes de ton quotidien, un peu d’émotions, et le lâcher prise lié à ton désemparement. 

MOI Mais comment savoir si j’arriverai à recommencer ? 

LE TOUCAN Je suis ton allié. Tu n’as qu’à m’invoquer et me parler. Ou danser avec moi, ou me créer des choses, comme un abri, ou tout un environnement, tu peux me dessiner, me chanter, me danser, m’écrire, me jouer, je me ferais matière à ton expression, jusqu’à ce que tu prennes ton envol.



——
bruit d’ailes qui s’échauffent, tension, suspens
——

24 octobre
Pièce 3  – recoin 4

Eminem – Not afraid



Ceci est la comparaison
(24 octobre)

J’ai sorti mes plus grosses grolles, mon couteau noir dans la poche. Mon ombre me dépasse, l’air menaçant. Je frapperais fort et loin devant moi. Je ne baisserais plus les yeux sur la route, mais lèverai le regard en même temps que mon poing. Parfois ça cogne dans ma tête, et mes paumes écrasant mon crâne endolori ne peuvent rien y changer. Parfois un cri aigu et strident transperce ma cage mentale pour me mettre à terre. Le couteau se met à lacérer ma propre peau, mes lacets se défont et me font tomber. Autour de moi, ces ombres majestueuses qui se déplacent en dansant. Leur geste est précis, leur essence volatile. Ils apparaissent et disparaissent, façonnant de plus beaux paysages à chaque fois. Tes gestes à toi, ne font que maladroitement frapper le vide et se soumettre à la gravité. La gravité de la situation, devrait suffire à te faire t’arrêter



Ceci est l’imposture
(24 octobre)

T’as pas ta place ici, et tu l’auras jamais, t’as l’air d’un clown dans les vêtements des plus grands. Pendant que tu rampes encore, regarde ce qu’on a réussi à faire en ce temps : regarde la beauté qui jaillit de nos bouches grandes ouvertes. Sais tu au moins balbutier déjà ? Notre travail est impeccable, notre rôle clair est précis. Nous savons pourquoi nous sommes là et ne disparaîtrons qu’une fois la mission bien accomplie. Ce monde a besoin de nous pour lui rendre sa splendeur, quand des êtres comme toi ne font que le souiller. Et soudain je taille deux centimètres dans mes grolles d’un mètre, et soudain mon visage barbouillé disparaît dans un tourbillon de marqueur noir, une croix barre mon visage, je n’existe plus, je me cache derrière mon fardeau feutré.
Barré, déchiré, je ne suis plus que la destruction.



Ceci est le soutien
(24 octobre)

20 minutes à attendre
20 minutes avec toi
20 minutes que j’aimerais suspendre
Du bout de mes doigts 

Un mot doux , une confidence, un rayon de lumière qui chasse les ténèbres, une voix qui rassure, tu peux le faire. Et même si ça ne prendra pas à chaque fois, il y aura toujours une petite place de fierté, et de l’amour, par et pour soi, par et pour les autres. Il y aura des regards qui apaisent, des êtres qui ressentent, des mots qui enlacent puis propulsent. De proches ou d’inconnu.es, des tréfonds de son soi ou d’autres belles aventures. Se soutenir et se porter, porter les voix qui ont besoin d’être entendues, plus haut, plus loin.



Ceci est le plaisir
(25 octobre)

les réalités

Se laisser emporter par un nouveau projet, pour qu’il soit honnête et par ce fait intéressant, doit procurer à lae createurix des tremblements internes, des affres de doute, mais surtout de cette émotion qui nous engouffre suavement dans un état entre la joie et le désir. Le carburant de toute action, un sens momentané à notre existence.  Se laisser posséder par la dynamique créative qui nous entraîne aux bords du réel, là où les sillons doivent encore être dessinés pour pouvoir nous porter. 





Ceci est la fin?
(25 octobre)

 Elle n’est jamais tout à fait claire et son contenu pourrait s’étendre de mille chemins encore, mais pour être observée, ressentie, elle doit pouvoir se suspendre momentanément dans l’espace temps. Pour pouvoir laisser place à de nouveaux projets, qui viendront sûrement résonner avec dans le réseau qui s’oeuvre sans jamais vraiment s’arrêter. Elle est difficile à déterminer d’elle même, c’est une porte qui se fait refermer doucement, jusqu’à être entrouverte, fermée, et une autre porte s’ouvrira pour les spectateurix.  En son sein, toujours de la vie, du mouvement, le battement lourd de ce cœur enfanté.  Il m’est très compliqué de fermer des portes, car je suis de celleux qui foncent droit dans les murs et y laissent des trous béants, des chantiers en bazar où parfois d’autres piocheront des pierres pour leurs propres édifices. Mais il y a des portes que j’ouvre et claque perpétuellement; celles d’oser. Aujourd’hui, avec vous, pour vous, j’ai voulu oser être visible, vous ouvrir les portes de choses et d’autres qui me traversent, et peut-être vous traversent aussi parfois. Ceci est mon oisillon dont le cri sera peut-être couvert par le chant majestueux de ces oiseaux qui chantent depuis la nuit des temps, mais il tient à se joindre au cri des autres oisillons, apeurés de tomber du nid avant de se sentir prêt.e à l’envol. Ensemble, dans nos becs mal-foutus, un son qui ne tremblera plus, qui ne se fera plus taire par l’environnement parfois hostile dans lequel nos âmes tentent de se développer. 

 Je ne veux plus de la perfection, un de ces miroirs déformés qui peut nous happer tout.e entier.e pour nous écraser sous ses molaires brillantes. La création a toujours été pour moi comme un rituel de passage, me permettant d’avancer d’un état de confusion regorgeante de pensées, d’émotions, de lumières, de couleurs, de cris, de formes, de murmures, de textures, à un monument construit dont je peux me détacher et visiter en toute conscience.  De ces aventures qui me rappellent ce que cela fait d’exister. Et quand je vois ces univers inscrits dans chaque rencontre, dans chaque lieu, quand je palpe avec mon âme ces riches mondes qui vous habitent, j’ai vraiment envie de partir en exploration avec vous, que vous me montriez ce qui vous habite, vos espaces de réconfort, vos fiertés, tous ces endroits uniques qui vous composent et que vous seul.e pouvez essayer de retranscrire.  

Alors, vous aussi, les médiocres, les pas assez doué.es, les incertain.es, les apeuré.es, criez.  Criez avec ce que vous aurez sous la main, dans la bouche, dans votre corps, votre tête, vos aspirations, vos liens avec le monde, creusez toujours plus profondément, créez vos propres outils et processus, armez vous des motivations qui dorment dans vos tripes, du courage, j’espère vous en donner, et soyez douxes, si ça ne  vient pas cette fois, ce n’est pas grave, déjà, vous pouvez être fier.es d’avoir commencé une impulsion. Souvenez vous que les portes ne sont pas toujours closes, parfois un filet de lumière émerge déjà, et à chaque poussée, c’est un peu plus ouvert que la fois d’avant. Vous avez tout autant le droit d’exister que celleux autour de vous, qu’on entend ou que l’on voit.
Et ce monde a besoin de vous, de votre angle, pour être un peu plus abouti.  Soyez douxes avec vos êtres qui ont déjà dû affronter la violence du monde, qui ont déjà essayé de se porter jusqu’ici, soyez douxes avec les autres, celleux qui ne vous malmènent pas, celleux qui n’osent pas s’approprier les choses, même pas soi.
Le soutien et l’inspiration parfois fusent ensemble, et tissent des liens d’acier en nous, en le monde, les liens d’acier où se suspendre en sécurité.





1 définition simple de transcendance, wikipédia
2 définition simple de l’écholalie, wikipédia

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Voici une galerie, un vernissage, un événement, un lieu à soi, un espace de lecture, de création, d’échange.